Et si c’était simple finalement ? L’art français de faire « compliqué » quand on pourrait faire simple !

Amandine Lecomte

La confusion qui règne dans notre pays en ce moment est à la mesure de la complexité de nos paies ! Nous sommes les champions du monde de la complexité paie car les normes se superposent les unes après les autres sans concertation, sans cohérence et parfois avec contradiction.

La clarification du bulletin de paie nous a montré que ce document n’avait de clarifié que le nom car les règles étaient toujours si complexes et pourtant … ça pourrait être si simple …

Confusion/contradiction : interview de Madame la Ministre des Armées ce soir : nous avons besoin que tous ceux qui peuvent travailler travaillent !

Cinq minutes plus tard, sur la même chaîne le Ministre de la Santé, Monsieur Olivier Véran rappelle que la situation s’aggrave et qu’il faut « respecter le confinement le plus strict »

Incohérence dans le Gouvernement ? Peut-être pas …

Mais avec le désordre qui règne actuellement ne fait pas exception à la règle … Les employeurs sont perdus :

  • Doivent-ils ouvrir ? Doivent-ils rester fermés ?
  • Seront-ils indemnisés s’ils ferment ?
  • Devront-ils choisir seul de prendre un risque économique, pénal, sanitaire, l’un n’étant pas exclusif de l’autre ?

Chacun dans sa propre corporation crie au scandale !

  • Les entrepreneurs du bâtiment par exemple à qui on demande de travailler quand leurs fournisseurs sont fermés et qu’ils ne peuvent garantir la protection de leurs salariés ;
  • Les entrepreneurs de la restauration rapide aussi à qui on explique qu’ils peuvent ouvrir leur vente à emporter et leurs livraisons … sans livreur pour livrer et sans clients pour la vente à emporter … Car si on sort sans sa petite autorisation, c’est 135 € d’amende à l’appréciation souveraine des forces de l’ordre qui contrôlent et qui ont chacun leur interprétation des textes … ça fait cher la pizza ou le hamburger ;
  • Les déménageurs à qui on demande de faire les déménagements mais … en laissant la livraison devant chez les gens … Nous imaginons bien la mamie porter son piano et son buffet seule jusqu’au 6e étage sans ascenseur. Après tout, si elle vit au 6e sans ascenseur c’est qu’elle a « la pêche » mamie !

Ne blâmons pas nos forces de l’ordre qui ont été déployées en urgence et auxquelles il n’a pas été précisés le contour des interdictions.

Oui, le « kikipasse kikipasse pas » n’est pas si évident… Comment leur en vouloir quand on leur explique que les travailleurs n’ont pas le droit de sortir alors que les textes disent l’inverse et que le confinement professionnel est l’exception et non la généralité ?

Comment leur en vouloir alors que tout un chacun, on se regarde, on s’appelle pour décider de la conduite à adopter pour prendre non pas LA bonne décision mais LA moins mauvaise (la moins mauvaise étant, elle-même, à géométrie variable en fonction des heures qui passent …).

Alors qu’avec un peu de pragmatisme et de bon sens tout serait tellement plus simple…

Pour le travail par exemple : la simplicité pourrait être de mise …

Si l’entreprise peut faire respecter les gestes barrières pour ses clients et ses salariés, elle ouvre.

Si, à l’inverse, elle ne le peut pas, elle ferme ET elle est, par conséquent, indemnisée par l’Etat au titre de l’activité partielle. La justification de l’activité partielle sera alors l’impossibilité de pouvoir faire respecter les règles barrières.

Ainsi, au lieu de recevoir constamment des injonctions paradoxales, les employeurs pourraient savoir si oui ou non ils peuvent travailler, non pas parce que la décision a été prise arbitrairement et dans l’urgence mais parce que le cadre posé est clair et matériellement vérifiable !

Mettons en place au niveau local, des règles claires et adaptées à la configuration territoriale, afin de rétablir un maillage économique respectueux des règles sanitaires.

Si personne ne peut sortir … comment exiger des entreprises qu’elles ouvrent ou réouvrent s’il n’y a pas de clients ?!

Pour les déplacements personnels : même logique

Si le déplacement est de nature à garantir l’absence de propagation du virus, il est autorisé.

Si en revanche, il n’est pas de nature à garantir la propagation du virus, il est interdit et sanctionné.

En quoi l’homme qui est seul à chercher des champignons dans les bois avec son chien est-il une menace ? Il ne croise pas un être humain à infecter sur l’ensemble de son trajet …

On pourra m’objecter que lorsqu’on voit les gens qui s’agglutinent encore sur les marchés, il y a de quoi douter du bon sens des gens, ce n’est pas complètement faux… Mais à légiférer dans l’urgence on passe à côté de l’essentiel ! La situation exige des réactions rapides, il faut enrayer cette pandémie, mais ne confondons pas vitesse et précipitation.

Que nous disent les scientifiques à ce jour ? Soyez rigoureux avec l’hygiène ET maintenez la distanciation sociale.

Agissons en conséquence :

  • Hygiène et distanciation possible = activité autorisée qu’elle soit personnelle ou professionnelle
  • Hygiène et distanciation impossible = activité interdite sans aucune forme de discussion ou d’exceptions

Arrêtons d’avoir un principe suivi d’exceptions et d’exceptions aux exceptions … Les gens s’y perdent et finissent par oublier le principe. 

Non, on ne peut pas aller manger chez des amis (distanciation impossible) mais oui on peut aller courir sur la plage (mais pas tous en même temps …) !

Non on ne peut pas aller se faire une bouffe au resto mais oui on peut aller se chercher un burger au drive (en restant dans sa voiture).

Oui des artisans du bâtiment doivent travailler ! Le plombier doit pouvoir se fournir en matériel ET aller réparer les fuites d’eau chez les clients ! Mais non ce même plombier ne doit pas exercer les missions qui peuvent le mettre en danger ou mettre en danger ses collègues !

La situation que nous vivons aujourd’hui est inédite et avec un peu de bon sens et de discipline tout pourrait être beaucoup plus simple …

Si finalement c’était simple ?

Si nous arrêtions de tout vouloir maintenant tout de suite ! Si nous apprenions ou réapprenions les vertus du partage des espaces et la patience la vie pourrait reprendre doucement … mais surement !  

S’il en était besoin, cet épisode nous montre qu’en dépit de nos égoïsmes et de nos individualismes nous sommes tous dépendants et interdépendants des autres.

Prenons soin de nous tous, chacun à notre niveau. Nos égoïsmes continueront à nous plonger tous un peu plus chaque jour vers les profondeurs économiques et sanitaires ! Nous avons tous le pouvoir d’agir contre ce virus, ensemble mais séparément, chacun à notre niveau, en rebroussant chemin quand on voit qu’il y a déjà du monde où l’on souhaitait aller, en limitant nos déplacements au nécessaire, en acceptant de rogner un peu sur notre petit confort pour que ceux qui n’ont rien aient un peu !

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre.

Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu.

Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : “Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! “

Et le colibri lui répondit : “Je le sais, mais je fais ma part.” »

Soyons tous ensemble des colibris sauvant notre forêt pour se créer des lendemains qui chantent.

Quelle lettre chacun d’entre vous a envie de mettre devant les lettres E.R.O.S ? L’avenir nous dira si vous avez choisi le H ou le Z …

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